On l'appelle «corde du diable» «écharde du souvenir» ou «frontière brûlante» : comment le fil de fer barbelé outil agricole ingénieux est-il devenu cet outil politique symbole universel de l'oppression ? En évoquant le rôle décisif du barbelé dans trois des plus grandes catastrophes de la modernité - la conquête de l'Ouest et le génocide des Indiens d'Amérique la boucherie de 14-18 et les exterminations nazies - mais aussi en dressant une cartographie de ses usages actuels (propriétés privées prisons frontières «chaudes» du globe) Olivier Razac analyse dans la lignée de Foucault la violence croissante à l'oeuvre dans la gestion politique des espaces et des populations. Il révèle ainsi un principe paradoxal : le succès persistant du barbelé vient précisément de ce qu'il ne tient qu'à un fil - de son austérité et de sa simplicité. La plus grande violence n'est pas forcément impressionnante bien au contraire : les meilleurs outils d'exercice du pouvoir sont ceux qui dépensent le moins d'énergie possible pour produire le plus d'effets de domination. Le barbelé lui-même «mur virtualisé» a ainsi ouvert la voie à des dispositifs de contrôle de plus en plus immatériels dont la vidéosurveillance et le bracelet électronique sont les derniers avatars...