Quel est le sens des théories physiques ? Il fut une époque où le débat entre réalistes et anti-réalistes ne souffrait guère de nuances. Le réalisme scientifique était vide parce qu'il renvoyait à un ailleurs ou à un futur indéfinis : l'anti-réalisme était aveugle parce qu'il privait la recherche de but et de direction. Aujourd'hui bien des réalistes ont appris à se défaire des équivalences rigides entre l'objectivité et la réalité entre l'objet visé et la «cause» des phénomènes entre l'invariant et l'en-soi entre la pratique structurée de la recherche et la préexistence des structures. Et les anti-réalistes qui adhéraient à la surface des «faits» des opérations et des interactions sociales n'ignorent plus les projets les engagements et les valeurs. Ni les uns ni les autres ne se satisfont désormais d'un strict dualisme entre le donné et le construit. La voie s'en trouve dégagée pour une réappréciation des «étrangetés» de la mécanique quantique ; elles ne témoigneraient pas de la distance excessive qui nous sépare du réel ; elles ne nous contraindraient pas davantage à l'agnosticisme. Elles sont peut-être le signe ambigu mais récurrent de l'aveuglante proximité du réel. Reprenant en partie certains de ses propres travaux de recherche Michel Bitbol appuie ces orientations sur des études de cas concernant l'atomisme le «vide quantique» le hasard la naissance des théories physiques du XXe siècle et le concept d'«état relatif».