C'est sans doute vers un seul paysage - immuable tangible - que l'on s'avance en écrivant et que le poème sans fin recommencé tente de circonscrire - en vue d'une lumière ou d'un apaisement. Un Pré donc - où aurait eu lieu une scène que l'on hésite à transcrire mais dont l'ombre ne cesse de planer dans la nuit arrêtée comme un long cri muet. Et dont l'image se répète au fil des ans : on se dirige obstinément vers elle sans l'atteindre jamais. Trouée dans le décor - et dans la prose ordinaire - le poème reproduit cette marche immobile inventant pour la décrire un nouveau tracé prosodique dont on percevra peut-être ici l'avancée : car si ce sont des corps qui tombent à la croisée des pages le périple menant au Pré fut bien d'abord ce chemin vers qui nous y reconduit sans cesse - avant la traversée.