Aglaé de Prangey a vécu près d'un siècle : née cinq ans après Waterloo elle s'est éteinte à la veille de la guerre de 1914-1918. Grandie dans la mythologie de l'Emigration et de la Restauration elle a connu l'essor culturel et politique du règne de Juillet puis transplantée de son Hainaut natal à Compiègne elle a assisté à la fête impériale ses « séries » et ses chasses côtoyant Mérimée Sainte-Beuve ou l'empereur François-Joseph. À travers son beau-frère le général de Prangey ami de Mac Mahon et du duc d'Aumale elle a suivi de près Sedan la République des ducs ou l'affaire Dreyfus sans oublier les prodigieux progrès techniques et les vertiges de la Belle Epoque. Douairière à l'œil sagace et discrètement sceptique Aglaé traverse le siècle autant qu'il la traverse. Cette Nordiste fille femme et mère d'officiers a fasciné et façonné son entourage par son éthique sa culture sa « tenue à la française » héritée en droite ligne de l'école Maintenon. C'est son parcours intellectuel que Françoise Wagener s'est plu à retracer au prisme d'une mémoire orale imprégnée des catégories de la vieille aristocratie terrienne et de l'esprit des lieux où s'est déroulée cette paisible et fructueuse existence.