L’œuvre d’Eckhart révèle que le maître s’est appuyé sur Origène pour développer trois thèmes centraux de sa pensée. D’abord l’usage des principes exégétiques d’Origène et notamment la recherche du sens spirituel sous l’« écorce de la lettre » conduit Eckhart à une affirmation centrale : la vérité philosophique est contenue dans la révélation en particulier dans la personne du Christ source de toute vérité. C’est à partir de cette lecture allégorique qu’il peut développer une anthropologie singulière axée sur la question de la nature de l’image de Dieu en l’homme : Eckhart fait de l’homme l’image du Fils le même fils que le Fils Premier-né. Associant à cette source les analyses augustiniennes Eckhart fonde une anthropologie complexe à deux niveaux l’une qui ressortit de la création – l’image est alors celle du ternaire augustinien mémoire intelligence et volonté – l’autre de ce qu’il nomme « le fond incréé et incréable » en l’âme lieu où la grâce s’épanche. Si donc l’âme en son fond est connaturelle au Verbe elle est alors capax dei et peut devenir en acte et par grâce le lieu incirconscriptible de la naissance du Verbe. Que le Verbe naisse semper et simul en l’âme que la grâce de l’Incarnation n’aie d’autre fin que la grâce d’Inhabitation tels sont les théologoumènes qu’Eckhart développe inlassablement à la suite d’Origène.